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Douleur

 

Daniel, pourrait-on se voir, cet après-midi, avec le patron ?

La question est posée par le directeur du site avec lequel je collabore quotidiennement en tant que responsable de la fabrication, dans cette importante boulangerie biologique. Boulangerie biologique, cela veut dire que l'on ne produit que des pains et des viennoiseries élaborés à partir de matières premières issues de l'agriculture biologique et que nous respectons un cahier des charges contrôlé par un organisme reconnu par l'Etat.

J'ai toujours travaillé dans ce domaine, 25 années en tant qu'artisan et ayant vendu mon affaire, employé depuis trois ans dans cette entreprise.

_ Pas de problème. Vers 16 heures.

_ A tout à l'heure !

Sa grande silhouette s'éloigne, pendant que je continue ma tâche, qui consiste à mettre au point de nouvelles recettes mais aussi à établir des processus de fabrications spécifiques au bio.

Mon engagement dans le bio relève avant d'un état d'esprit, étant convaincu, qu'il est vital que l'alimentation en général soit naturelle respectant l'environnement mais aussi bien l'organisme humain. Tout le monde, aujourd'hui parle de produits sains, mais quand j'ai démarré en 1976, je passais pour un rêveur qui ne " tiendrait "" pas longtemps. Je me suis décidé de vendre mon affaire parce que je n'en pouvais plus physiquement et moralement. J'ai donc vendu à un concurrent, qui m'a embauché. Celui-ci, est en fait un investisseur, pour lui le bio est une opportunité et comme il disait " il espérait faire un retour sur investissement rapide ".

Je savais que ce langage, était loin de ma conception de mon métier, mais, peut-être fallait-il que je comprenne que l'époque avait changé. Ayant créé entièrement ma clientèle, des liens forts s'étaient établis avec celle-ci, basés qu'ils étaient sur une même vision de la société. L'entreprise ayant racheté mon nom, je me suis retrouvé face à ma clientèle, obligé de promouvoir une politique et des produits différents.

Ce fût le premier événement, qui me fit prendre conscience que j'aurai beaucoup de difficultés pour m'adapter, l'autre étant la différence d'âge avec le personnel, direction comprise. J'avais 54 ans. On m'avait embauché pour mon expérience et mon savoir-faire dans le bio, pour mon nom aussi, mais ces arguments ne suffisaient pas pour effacer l'ostracisme qu'il pouvait y avoir dans cette entreprise, mais peut-être était-ce le cas également ailleurs. Il me fallait donc faire beaucoup d'efforts pour m'imposer, " paraître dans le coup ". Mais je m'usais psychologiquement, car étant perfectionniste, ayant travaillé longtemps seul, il m'était difficile d'accepter les " concessions " que l'on doit faire, dans la gestion du personnel dont j'avais la responsabilité . Cependant, j'effectuais ma tâche avec passion et à la satisfaction de mon patron, qui me le faisait savoir régulièrement. Nous partions, souvent ensemble, rencontrer les clients, même si j'avais plus l'impression de lui servir faire-valoir que de collaborateur.

Des réunions comme celle à laquelle, je devais me rendre, était habituelle, elle se déroulait plusieurs fois par semaine.

La salle de réunion est grande, des échantillons encombrent les tables, le patron est déjà assis, quand j'arrive suivi de directeur. Je suis serin, car j'aime ces briefings qui me permettent d'expliquer mon travail à ces deux hommes qui ne sont pas du métier.

_ Bonjour Daniel, asseyez-vous. Je perçois un léger trouble mais avec moi, il a toujours été comme cela, le fait qu'il soit beaucoup plus jeune que moi et que surtout, il dépende entièrement de moi pour ce qui est de la production, ces éléments le mettent, me semble-t-il en état d'infériorité.

_ Bonjour. Je m'assieds, attendant qu'il prenne la parole. Le silence se prolonge et je m'étonne.

Il se tourne vers moi, je sens dans son regard qu'il s'engage avec une hésitation inhabituelle.

_ Bon, Daniel, vous savez combien, j'apprécie le travail que vous avez accompli au cours de ces trois années ( trois années jour pour jour ), et je vous en suis reconnaissant.

La qualité est maintenant régulière et l'équipe fonctionne bien. ( Il faut dire que dans ce domaine, trouver du personnel de qualité est difficile, à cause de la pénibilité et aussi des salaires trop bas). Je voulais vous rencontrer aujourd'hui, car maintenant que l'entreprise est sur la bonne voie, il faut passer à une autre étape. ( j'avais été embauché à quelques mois près, en même temps que son rachat de l'entreprise, nous avions donc tous les deux le même historique, le directeur étant venu plus tard . Cela créait, qu'il le veuille ou non une certaine forme de complicité.) Il s'interrompt quelques secondes, pendant que mon esprit commence à s'égarer ne comprenant pas où il veut en venir.

Il reprend :

_ Je dois rajeunir l'équipe. Il me semble que vos méthodes ne soient plus adaptées, à ce jour, des boulangers se sont plaints de votre rigidité. Et puis depuis quelques mois, je vous sens fatigué. Il faut donc trouver une solution pour que puissiez prendre votre retraite. Et puis, il y a également le problème de votre salaire qui est trop élevé, l'entreprise doit faire des économies pour trouver son équilibre. Mais ne vous inquiétez paz, nous trouverons une solution.

Je suis anéanti, mes yeux se brouillent, pris de tremblements, il m'est impossible de réagir. Je ne vois plus rien, ma vie s'écroule. Mon travail est ma vie et en quelques mots, quelqu'un a détruit ma vie, ce que j'avais construit tout seul, n'ayant pas eu la possibilité de faire des études, le fait d'avoir créé une entreprise et qu'ensuite on m'avait embauché pour mon savoir-faire et ma renommée avaient largement compensé. Et là, en une seconde, tout cela était nié !

J'abrège la relation de cet entretien car cela m'est encore difficile.

Je me suis levé, inconscient. C'était en juin 2004, je suis entré dans une dépression qui n'est pas terminée à l'heure actuelle.

 

 


 

 

Le petit café

 




De l’autre côté de la route il y avait la gare. A une centaine de mètres il y avait le pont qui enjambait la Moselotte. Un peu plus loin il y avait l’usine de tissage, on pouvait entendre le ronronnement des métiers. Il y avait également l’écluse du canal où nous passions nos après-midi d’été. Il y avait aussi cette scierie qui dégageait une douce odeur de résine, les grands sapins reposaient les uns sur les autres, vaincus, prêts à être débités en planches.

Sur la route, ne passait que quelques rares voitures et les enfants s’amusaient sans contrainte.

Et puis il y avait ce café. ” Le café de la gare “, “le bistro”, situé juste après le passage à niveau, de la fenêtre on pouvait voir les passagers dans les wagons de la micheline.

Dès l’entrée on était saisi par cette odeur particulière, une odeur de limonade et de vin mélangés.

Le parquet craquait sous les pas des clients qui n’étaient jamais nombreux à la fois, on aurait dit qu’ils venaient de nulle part, puis qu’ils repartaient vers nulle part. La patronne était une petite dame ronde, énergique qui tutoyait tout le monde d’une voix curieusement fluette.

L’hiver le tuyau du petit poële à bois rougissait tellement elle le faisait ” ronfler “. Mais l’été elle laissait la porte ouverte et sortait quelques tables où personne ne venait jamais s’asseoir, mais immuablement elle se donnait la peine d’effectuer cette tâche visiblement inutile tous les jours ; probablement une réminiscence d’un passé plus glorieux que la tenue de ce petit café.

Le bar était magnifique, tout en cuivre sculpté, entretenu chaque jour et gare à celui qui tenterait de poser un pied ou même des mains sales.

Elle répétait la même chose à chaque arrivée de la micheline :

-Ah ! Y en a qui arrivent !- Disait-elle cela dans l’espoir que se soient des futurs clients ? Ou était-ce tout simplement un constat ?

Souvent elle se mettait à la porte et criait aux enfants de faire attention sans même vérifier si son message était perçu, ce qui n’était jamais le cas.


 

 

 




Désolé je n'ai pas le nom du peintre, mais cette peinture glanée sur un blog m'a beaucoup plu.


L'hiver est arrivé très tôt. La neige en une nuit a recouvert le village. Mon père doit tous les matins, dégager le chemin jusqu'à la route. Nous sommes habitués, mon frère et moi à partir à l'école quand le jour n'est pas encore levé, quand le ciel brille encore des ses étoiles, quand la lune jette encore une lumière douce se reflétant sur la neige immaculée.

Notre sac au dos nous marchons côte à côte, mon petit frère aime que le prenne par la main, il me dit que cela le réchauffe. La route est longue jusqu'à l'école mais cette marche quotidienne avait l'avantage de nous rapprocher, de nous souder, de se sentir comme une composante d'une famille unie, où régnait la douceur et la tendresse.

Je vais avoir quatorze ans et je dois travailler à la maison tous les soirs sous la surveillance de ma mère. Celle-ci issue d'une famille de paysans pauvres n'est jamais allée à l'école et ses enfants l'emplissent de fierté.

Il ne se passe pas un soir sans que je ne perçoive sa présence derrière moi. Toutes ces feuilles, ces cahiers provoquent chez elle, je le sens, un certain regret. Cependant je m'arrange toujours pour l'associer à mon travail et alors ses yeux se mettent à briller, sa voix change, ses gestes deviennent plus mesurés. J'apprécie tout particulièrement ces moments de complicité.

Ce soir mon devoir consiste à rédiger un texte libre sur Emile Zola. Nous n'avons pas de livres à la maison, le budget familial ne le permet pas et quand bien même je suis sûr qu'il ne viendrait pas à l'idée de mes parents d'en faire l'acquisition. Heureusement il y a une bibliothèque à l'école où toutes les semaines je vais louer un livre. C'est un moment de joie, de fébrilité quand dés mon retour à la maison je m'installe près du fourneau. Mon père a fabriqué une caisse afin de stocker un peu de bois, c'est sur cette caisse, les joues rougies par la proximité du foyer que je me plonge dans la lecture, accompagnant tout au long des pages, m'invitant dans leurs vies les personnages de mes livres.

Mon texte terminé, j'ai proposé à maman de le lui lire. Elle m'a écouté en silence, un silence étonné que sa fille puisse écrire de si jolies choses.

 

J'avais pourtant choisi Germinal mais sa fierté effaçait les traces de charbon sur le visage d'Etienne Lantier et pleurait presque quand celui-ci fracassait le crâne De Chaval.

Ainsi se passait les soirées dans notre famille.

 


 

  

 

 

 

La demeure du chaos


A Saint-Romain-au-Mont d’Or dans la banlieue lyonnaise réside Thierry Ehrmann dans une maison qu’il a transformée selon sa vision en “ Demeure du chaos “. Cette demeure accueille de nombreux artistes contemporains.Jusque là tout pourrait se passer tranquillement sauf que ” l’oeuvre de déconstruction ” comme aime à le rappeler Thierrry Ehermann sème la zizanie dans le petit village.Quand on regarde la photo d’ensemble on peut comprendre l’émoi de la population. Le maire est en perpétuel combat contre cet homme milliardaire qui de jours en jours ” déconstruit” sa demeure, c’est- à -dire qu’il entasse, superpose tout ce qu’il ressent comme la représentation de l’entreprise destructive de l’homme. Chaque evénèment mondial, comme 2001, la mort d’Arafat, les guerres d’irak, d’Afghanistan est concrétisé par une oeuvre tordue, déchirée, une oeuvre difficile à regarder, à comprendre




Thierry Ehrmann dirige une multinationale Artprice qui est leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l’art, le siège de son entreprise se trouve à l’intérieur de cette maison.



Personnellement j’ai toujours eu un faible pour ces artistes ” fous” qui vivent en marge d’une société dans laquelle ils ne se retrouvent pas. Ils sont ” fous ” mais surtout attachants par leur quête d’un autre monde. Mais savent-ils eux-mêmes ce qu’ils recherchent ? Extrait d’un texte probablement écrit par Thierry Ehrmann sur son site: “Si l’on connaît le pouvoir prophétique de la Demeure, son futur se dessinera sous l’emploi de médias toujours plus en accord avec leur époque. L’art évolue avec son temps et a su créer de nouveaux langages, de nouvelles codifications. Ainsi, la Demeure du Chaos, qui se démarque par son aspect protéiforme et l’utilisation maîtrisée de « mixed media», se tourne plus que jamais vers l’expérimentation. On ferait notre ces mots de Gene Youngblood « tout art est expérimental sinon ce n’est pas de l’art ». La vidéo devient alors le prolongement naturel d’une réflexion globale sur notre monde et semble être un outil des plus appropriés. La dématérialisation de l’art rend l’ascension vers le divin Ether imminente. L’image filmée, propagée à grande échelle via les réseaux infinis du cerveau contemporain qu’est devenu l’Internet, sera réalité virtuelle “

 

 


J’ai connu il y a quelques années une artiste italienne d’une grande culture classique, mais qui s’était orientée vers cette forme d’art. Elle revenait de New-York où elle avait vécu quelques années dans les milieux underground et s’était installée dans une usine désaffectée en Ardèche. Elle ne peignait que des ventilateurs ! J’ai visité la Biennale d’art contemporain de Lyon avec elle et je dois avouer que ce fût une épreuve, car elle souffrait d’une forme schizophrénie qui l’amenait à déceler parmi les personnes qu’elle rencontrait ce qu’elle appelait ” killers ” des entités hors du temps qui, selon ses dires pouvaient à tout moment nous enlever ou nous tuer.Je me suis retrouvé plusieurs fois dans des situations embarrassantes !Prendre conscience qu’il existe des êtres vivants dans un monde tellement éloigné du sien et faire l’effort de les écouter c’est se grandir.Il me semble, qu’actuellement, il y a beaucoup de rejets des différences et peu d’acceptation.


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Mon voisin Marcel


Durant toutes mes années de présence sur les marchés, j’appréciais tout particulièrement le dimanche, d’abord parce que c’était le dernier jour de la semaine j’allais enfin pouvoir dormir un peu, mais aussi parce que mon voisin Marcel vendait des livres d’occasion. Il arrivait toujours en retard, obligeant les forains déjà installés à lui laisser un passage pour son attelage constitué d’une voiture qui n’avait plus d’âge et d’une remorque plus ancienne encore.C’était un homme d’une soixante d’années, peut-être plus, c’était difficile à dire, cependant on aurait pu dire qu’il avait un visage enfantin, malicieux. Il évoluait avec lenteur. Toujours calme alors que la matinée était déjà avancée et que le déballage de ses livres était fastidieux. Souvent des habitués n’attendaient pas qu’il soit installé, ils fouillaient dans les cartons entassés dans le coffre de la voiture, mais Marcel avait une totale confiance, en fait je n’ai jamais su s’il faisait ce travail pour vivre ou s’il le faisait comme complément de sa retraite.

Non seulement il arrivait tard mais une fois sa remorque mise en place, il partait au bar voisin jouer son tiercé.

Puis il se mettait au travail lequel consistait à remettre en place les livres déplacés par les clients. Il s’agissait de livres de poches innombrables rangés dans des présentoirs en bois.

J’étais fasciné par cette quantité de livres à côté de moi, ces milliers de pages lues et relues conservaient malgré tout leurs pouvoirs. La plupart des livres étaient écornés, parfois des pages se détachaient mais la magie restait intacte. Des milliers d’auteurs serrés les uns contre les autres permettaient, encore et encore, à beaucoup de lire leurs pages écrites il y a bien longtemps. Si les pages s’usent, les mots ne laissent pas prise au temps, ils ont autant de puissance que les mots d’un livre neuf. Pour ma part, j’éprouvais pour ces livres une réelle affection. Pendant toute la matinée je pouvais observer les clients lesquels, inlassablement inventoriaient un à un ces livres jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin celui qu’ils n’avaient pas encore lu. Car Marcel ne renouvelait pas régulièrement son stock, mais de toute façon on était sûr de trouver la perle rare, il suffisait de prendre son temps. En désespoir de cause on pouvait toujours s’adresser à lui et par miracle ou alors connaissait-il tous ses livres, il trouvait en quelques minutes l’objet de nos désirs. Il y avait aussi les livres cachés, les livres qu’il ne sortait pas, ceux-ci restaient dans la voiture, il s’agisssait des livres licencieux qu’il vendait sous le manteau.

Entre deux clients mais de toute façon en fin de marché, tous les dimanches je choisissais quatre ou cinq livres. Le cacul de tête qu’il faisait pour le réglement touchait au mystère, mais la somme était tellement dérisoire que j’en étais parfois gêné, je pense qu’il me faisait un prix.

J’ai toujours ces livres au fond de ma bibliothèque, il y a là Maupassant, Zola, Toltoï, Agatha Christie, Cronin et tant d’autres….


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Le voleur de bicyclette

 

 

 

Texte écrit le 06/12/2006


Il sont italiens.

Depuis quelques jours, dans la maison voisine, deux hommes sont arrivés en silence.

Je les ai découvert par hasard, la porte de leur cuisine était ouverte. Ma curiosité d'enfant a attiré leur attention. La pièce était sombre, je ne les distinguais pas complètement mais leur voix chantante et inconnue m'a rassuré.

L'un était grand, maigre, l'autre petit, trapus avec une moustache.

Nous nous sommes observés. Deux cultures se rencontraient. Ces deux hommes entraient dans mon univers, venant d'un pays que je ne connaissais pas.

Je n'imaginais pas que l'on puisse quitter son pays. Ma vie, dans ces montagnes vosgiennes, à la fin des années cinquante était immuablement destinée à se construire dans mon territoire, il ne pouvait en être autrement.
Pourtant ces deux hommes sont partis, seuls, vivrent une nouvelle vie.

Ils n'avaient pas de meuble, un réchaud sur lequel une casserole laissait échapper des senteurs inconnues, reposait sur une caisse en bois.

Leurs regards était chaleureux, leurs sourires rassurants, les gestes avenants. Le dialogue était difficile mais possible grâce à ma soif de découvertes et à leur volonté de tisser des liens.
Ils m'ont offert de la soupe, une soupe italienne dont ils étaient fiers, une soupe odôrante dont les effluves sont toujours ancrées dans ma mémoire.
Les conséquences de la guerre, les avaient obligés à quitter leur pays pour survivre.

L'un travaillait la pierre, l'autre le bois.

Pendant quelques années, ils ont fait partie de ma vie. Ils m'ont ouvert l'esprit, et fait comprendre qu'il existait ailleurs d'autres vies, d'autres destins.

L'un s'est marié, l'autre s'est donné la mort.

Que maîtrise-t-on ?

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Ma fille

 

Je n'avais pas encore vingt ans, j'avais encore tous mes rêves.

La fôret au sein de laquelle je vivais s'éveillait en ce mois de mai.

L'importance de ce jour, l'impatience et la joie furent une trêve,

Dans les tourments de mon début de vie. Je n'étais pas armé.

Pourtant, tu es venue dans ce monde qu'il te faudrait découvrir.

Dés la première seconde, dés ton premier cri, je me suis senti père.

Tes premiers cris m'ont donné les forces nécessaires pour saisir,

Ton petit corps plein de vie. Il s'est imposé, cherchant déjà ses repères.

Tu as su très vite affirmer ta personnalité. Je puisais en toi des forces

Que tu me redonnais comme dans un échange magique et irrationnel.

Puis ce furent tes premiers baisers, tes premiers pas précoces.

Tes blonds cheveux en nattes encadraient ton rond visage de demoiselle.

Très vite, les années ont passé, tu as grandi, tes ailes se sont déployées.

Tu as su affronter les difficultés, les obstacles avec obstination.

A ton tour, tu as donné naissance à des enfants curieux,éveillés.

Tu es ma fille, je ne t'ai pas assez dit que je t 'aimais. Pardon.

 

                                                   =============

 

 

Mon ami...


Il était dix heures, ce matin, lorsque mon portable ,que j'oublie toujours au salon, alors que mon bureau se trouve au premier étage, a sonné
donc je descends à triple allure pour arriver évidemment trop tard. Je rappelle aussitôt sans faire attention au numéro et c'est avec plaisir que j'ai reconnu la voix de mon ami Frank.

Nous nous sommes connus à quinze ans, c'est à dire en 1962. J'arrivais dans ce foyer où mes parents m'avaient placé et la première personne que j'ai vue, c'était Frank. Il faisait partie des rapatriés d'Algérie. Il était seul avec sa mère. Il n'a jamais connu son père, en fait au cours de toutes ces années, nous n'avons jamais évoqué ce sujet. Sa mère était kabyle. Elle n'a jamais supporté de se retrouver perdue, dans ce climat sévère des Vosges. Pourquoi avait-elle du partir ?

Il était tout petit, il me faisait penser à Razibus, un personnage de bande dessinée de l'époque, certains d'entre-vous s'en souviennent peut-être.

Nous nous sommes donc retrouvés tous les deux dans ce foyer dirigé par un prêtre dont la vocation était de recueillir des enfants et adolescents en difficultés familiales, sous la tutelle de l'Assistance Publique.

Nous avons rapidement été embauchés dans une entreprise de meubles et notre vie a pris son rythme dans la candeur de ces années soixante. Nous étions pour Eddy Mitchell, contre Johnny, pour les Rolling Stones contre les Beatles !

Nous ne parlions pas beaucoup, mais notre présence réciproque nous suffisait. Le poids de notre jeune histoire nous pesait un peu.

Nous avons vécu cinq années dans ce foyer puis par mon mariage, je suis parti dans la Drôme et lui est parti vivre à la ville avec sa mère, laquelle est morte peu de temps après.

Nous sommes donc séparés depuis plus de quarante ans, mais il ne se passe pas de jours sans que je pense à ce petit bonhomme. Il a du affronter à quelques mois d'intervalles la mort de sa femme et celle de son fils, sans jamais se plaindre, en gardant cette force de vivre qui me fait parfois défaut.

Et ce matin, c'est lui qui m'a appelé pour me présenter ses voeux. Je sais qu'ils sont vrais.

Il est en retraite depuis un an . Il s'est remarié au mois d'Octobre de l'année passée.

C'est mon ami pour toujours.

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Après tout....



Il est des jours où je me dis que j'ai de la chance d'habiter la campagne, enfin, quand je dis campagne, c'est relatif, car, devant chez moi passe la N86, à 1 km à vol d'oiseau la N7 laquelle est parallèle à l'autoroute A7 et j'oublie le TGV qui passe vite d'accord,mais il passe quand même. Mais enfin vivre dans un village pas trop grand, pas loin d'une grande ville, Lyon ou Valence, permet une certaine qualité de vie.

Et puis, il me suffit de traverser cette N86 pour me retrouver au bord du Rhône, ce Rhône qui lui non plus n'a pas échappé au progrés quand on l'a charcuté sans ménagement pour construire un canal. Avec les années, il s'est remis doucement de ses émotions et s'abandonne volontiers aux promeneurs et aux nombreux pêcheurs de friture.

Puis encore, il me suffit de faire une dizaine de kilomètres pour atteindre l'Ardèche, ses gorges, ses villages de pierre mousseuse ( où l'on parle maintenant beaucoup hollandais ! ) qui côtoie la Haute-Loire et ses fermes d'une époque qui s'éloigne. Quand on est en forme on peut faire tout cela à vélo.

Je me dis que j'ai de la chance de ne pas avoir à être bloqué dans les bouchons ( travail ) ou ( vacances ). A être tenu de faire une ou deux heures de trajet dans les transports en commun, dans le métro, pour ce qui est des bus, je ne sais pas si je me fais une idée mais j'ai l'impression qu'ils sont presque toujours vides ou du moins garnis de quelques personnes disséminées avec dans les yeux une certaine résignation. Ces bus me paraissent d'une tristesse ! Il faudrait les peindre, intérieurement et extérieurement de couleurs chaudes, il faudrait diffuser de la musique, mettre un animateur dans chaque bus, il faudrait aussi diffuser des films de Charlot ou de Zorro, ou encore les films de Laurel et Hardy. Laurel et Hardy !! Mon enfance. Il ne faut pas grand chose pour être heureux !!




Je suis sûr qu'il y a quelque chose à faire pour valoriser ce moyen de transport. Ainsi, moins de voiture, moins d'embouteillage, de nouveau des sourires, des bonjour Monsieur, Bonjour Madame ( je ne sais pas s'il faut mettre un s à bonjour, je vous laisse corriger vous-même )... (Pardon, pour les nombreuses fautes que je laisse passer, j'ai beau relire 30 fois, au premier regard de mon épouse, ces fautes jaillissent comme mues par un ressort et me sautent au visage !! ). Donc voilà pour les bus. Ah ! Si, il faut que j'avoue quelque chose de terrible : je n'ai jamais pris le bus de ma vie laquelle est tellement avancée qu'il y a peut de chance que je comble cette lacune !

Tout cela pour dire, que malgré mon pessisme maladif, il me prend à certains moments, de penser qu'il y a plus malheureux que moi !

Motpassant

 

 

 


 

 

La maison de retraite

 



De plus en plus de personnes âgées sont maltraitées. Lors des départs en vacances, les familles n'ont plus de scrupules à abandonner la grand-mère ou le grand-père.

- Bonjour, pourriez-vous vous occuper de ma grand-mère ? Je ne sais pas ce qu'elle a mais depuis quelques jours, elle ne va pas bien.

Dehors, dans la voiture, les petits-enfants s'impatientent.

La grand-mère :

-Oui, c'est mieux comme ça, je ne veux pas vous gêner.

La tenant par le bras, le fils, une petite valise à la main, la dirige vers le grand bâtiment. Les épaules de la vieille dame s'abaissent un peu plus. Les pas ralentissent comme dans un ultime sursaut.

- Allez ! On y va ! Crient les gosses, excités par la perspective des vacances.

- Allons ! Taisez-vous ! Réponds la mère, mal à l'aise, mais après tout, c'est la mère de son mari, c'est son problème.

Le fils est parti très vite. La grand-mère, assise sur la chaise en plastique aux pieds métalliques, regarde la fenêtre sans rideaux. Elle se rend compte qu'il va lui falloir vivre sa vie à l'envers. Dorénavant, elle se nourrira de son passé, car le futur vient de s'arrêter. Elle rangera ses affaires plus tard, le placard en formica ne lui inspire pas confiance. Des bruits de pas, des éclats de voix, lui parviennent aux oreilles, elle se dit qu'il faut qu'elle ferme sa porte à clé. Elle se lève doucemment, sans bruit, de peur d'être surprise, mais la porte n'a pas de clé. Une petite révolte monte en elle. Elle se promet de demander des explications au personnel.

Brutalement, la porte s'ouvre :

- Alors Madame ......, comment ça va ? Vous verrez, vous serez bien ici. Et puis vous pourrez discuter avec des personnes de votre âge. Bon, le repas est dans une demi-heure, dans le couloir, c'est à droite et tout droit, vous trouverez le réfectoire.

La porte se referme.

Que va devenir sa maison ? Avec son mari, ils avaient travaillé dur pour la construire. Et le jardin, peut-être son fils pourra-t-il le faire ? Et ses meubles ? Elle n'en avait pas beaucoup, mais elle tenait beaucoup à la grosse armoire normande qui venait de ses grands-parents. Elle se dit qu'heureusement son chat était mort l'an dernier.

Quelques larmes tentent de sortir, mais elle se reprend et décide de se rendre au réfectoire. Qu'a-t-elle dit ? A droite et tout au fond. Cela doit être ça, car elle perçoit déjà le bruit des couverts et des chaises qui s'entrechoquent. Elle est frappée par le silence. Beaucoup sont déjà assis, tandis qu'une employée pousse un chariot et sert la soupe.

Les pensionnaires remarquent à peine son entrée.

- Allez, mettez-vous là, à côté de Madame...... vous verrez, elle est gentille !

La dame, la regarde mais ne dit rien.

La soupe est bonne, elle mange doucement. Elle voudrait parler à sa voisine, mais elle hésite. Engager un dialogue, c'est accepter, entrer dans cette nouvelle vie. Il lui semble qu'en restant seule avec elle-même, elle prolonge un peu son indépendance.

Jamais, elle n'avait envisagé ce moment mais elle sait que cette nuit va irrémédiablement l'emporter dans un nouveau monde, quelle croyait réservé aux autres.


La ballade de Narayama, ce film palme, d'Or à Cannes de Shohei Imamura réalisé en 1983 m'a profondément marqué. L'action se déroule au Japon vers 1860. La coutume veut que les habitants arrivant à l'âge de 70 ans s'en aillent mourir volontairement au sommet de Narayama, " la montagne aux chênes ". C'est ici que se rassemblent les âmes des morts.

Le fils emporte sa mère sur son dos, gravissant la montagne, affrontant le froid et la neige. En silence, il dépose délicatement la vieille femme. Il part sans se retourner. La vielle femme, les yeux clos, prie tandis que les flocons la recouvrent peu à peu.

Motpassant

 

 

Vendredi 9 Mars

 

LES NANOPARTICULES

Est-il possible de parler d'un sujet que l'on ne maîtrise pas mais qui nous préoccupe. Depuis quelques jours, j'ai en tête ce désir de parler des nanotechnologies. Toutes les revues en parlent. Des chercheurs démontrent l'immense espoir que représentent celles-ci .On ne parle plus qu'en termes de nano..., nano-bistouris, nano-médicaments. Alors qu'est-ce qu'une nano-particule ? J'ai bien sûr cherché la réponse, bien que je me sois trouvé dans la situation de Coluche qui ne se souvenait plus de la question quand on lui donnait la réponse. Il évident que sans formation, on peut lire un article, imaginer ce qui est écrit mais il est difficile d'appréhender le sujet.
La science avance à grands pas, les découvertes se succédent mais j'ai l'impression que plus elles sont pointues, plus on joue avec le feu.

C'est le cas avec les OGM, voilà une découverte qui à prioiri ne peut être que bénéfique puisqu'elle renforce le patrimoine génétique des plantes ( enfin je crois que c'est ça). On est pour ou contre sans avoir la réelle connaissance du sujet, les chercheurs eux-mêmes n'étant pas d'accord, comment pourrions-nous objectivement apporter une opinion crédible.Voilà donc une invention qui échappe doucement mais sûrement aux chercheurs pour tomber dans les mains de groupes financiers trop heureux de s'engouffrer dans cette brêche. Pour ce qui est des conséquences sur l'environnement on verra plus tard.

Quand l'homme a inventé le train ou la voiture par exemple, ça se voyait, ça faisait du bruit, c'était énorme, il fallait s'écarter sinon on se faisait écraser. Il avait fallu construire des voies ferrées, des routes.

Quand Pasteur a touvé le vaccin contre la rage, il y avait une seringue, il fallait piquer, c'était concret.

Puis est arrivé le temps des médicaments, loin de moi l'idée de dire qu'ils sont tous mauvais, se serait stupide. Mais combien il y a t-il eu d'acccidents avec ceux-ci, alors qu'ils font l'objet de sévéres contrôles avant leur mise sur le marché. Cela reste cependant maîtrisable, un médicament ne peut être nocif que si on l'ingère, il ne se répand pas non plus tout seul dans la nature.

Avec la radioactivité on s'est rendu compte que l'on pouvait être victime d'un mal invisible. Des spécialistes avaient utilisé ce fait pour nier le passage du nuage de Tchernobyl.

Le fait nouveau est que plus la recherche avance, plus on va vers l'infiniment petit, vers des découvertes invisibles à l'oeil nu.

Et les nanoparticules sont arrivées. Je recopie la définition de Wikipédia : " Une nanoparticule est un assemblage de quelques centaines à quelques milliers d'atomes, conduisant à un objet dont au moins l'une de ses dimensions est de taille nanométrique ( 1 à 100 nm ) ". Cela m'échappe complètement mais ce qui éveille mon attention à ce propos, c'est la multiplication des mises en gardes concernant la maîtrise de cette technologie.

. Dans le N° 2207 du Nouvel Observateur, on trouve un article très détaillé sur les nanoparticules et les possibilités que celles-ci offrent pour le traitement des affections de l'homme. Objectivement ça fait rêver quand on lit toutes les applications possibles. Je cite : " Le principe de ces médicaments d'un type absolument nouveau ( les bio-missiles, ou nanovecteurs ) consiste à enfermer un petit nombre de molécules actives dans une capsule " décorée "- c'est le mot qu'utilisent les spécialistes-avec des des éléments chimiques qui vont convaincre l'organisme de l'acheminer exclusivement là où il en a besoin " Fin de citation.

Ce qui m'inquiète c'est par exemple la déclaration d'un professeur, toujours dans le Nouvel Observateur :" Ca va aller d'autant plus vite qu'il n'existe aucun obstacle juridique, il suffit de respecter des règles bien connues, celles-ci étant déjà en vigeur pour les médicaments. "

Il faut aller d'autant plus vite, que les enjeux financiers sont énormes.

Une fois de plus, on va jouer avec le feu. On ne sait pas ce que deviennent ces nanoparticules une fois leurs tâches effectuées à l'intérieur du corps. Il faut rappeler que le nanomètre c'est un millionième de millimètres. Je suis conscient qu'il faut être prudent dans ses jugements mais face aux intérêts financiers de quelques grands groupes nous risquons d'être une fois de plus manipulés.

Par souci d'objectivité je propose de texte extrait de ce site :

La peur du rejet dans l'environnement de nanoparticules fait partie des problèmes d'actualité. En fait nous avons vécu avec des particules submicroniques autour de nous depuis toujours, l'introduction de nouvelles générations de particules conçues par l'homme a juste mis en lumière le peu de connaissances que nous avions à propos de leurs effets toxiques.
Chacun est au courant des dangers de l'amiante, mais peu savent que seulement un seul type est dangereux, l'amiante bleue, et il n'y en a que très peu et certainement pas dans l'environnement domestique. A cause d'un manque de compréhension sur ce sujet, nous dépensons actuellement beaucoup d'argent dans des frais de désamiantage qui ne sont pas toujours nécessaires. Les nanoparticules pourraient connaître le même sort si les problèmes de santé ne sont pas complètement compris et si les réglementations pour les utiliser ne sont pas soigneusement établies.

 

Motpassant

 

 



11 mars 2007


Tout le monde s’embrasse...

17 h. Je n’ai toujours rien posté aujourd’hui. Je commence à paniquer. Pas d’idée. Bon la politique, d’accord, mais d’autres le font mieux que moi. Et puis vu que j’ai toujours tendance à écouter le dernier qui a parlé ( enfin pas quand c’est le Pen évidemment ), je ne suis donc pas une référence.


Je me tourne donc vers ” Courrier International”, que d’ailleurs je tourne et retourne depuis ce matin. J’avais bien vu ce sujet, mais en haut de l’article, j’ai lu ” IRAK “, et ce qui se passe là-bas est tellement horrible que je zappe télé ou presse à ce sujet. Que faire ? Busch est un fou dangereux. ( il fallait que je le dise ! ça me soulage ).


Pour preuve: a la question d’un journaliste qui lui demande si l’Irak est le théatre d’une guerre civile. Voici sa réponse : Vous savez, c’est difficile pour moi, qui vis dans cette belle Maison-Blanche, de vous dire ce qui ce passe sur le terrain.


Finalement, je retourne vers l’article entrevu sur l’Irak dont le titre est : Pourquoi tout le monde s’embrasse tout le temps ? Ce texte essaie d’expliquer pourquoi, depuis la guerre, tout le monde s’embrasse. Du soir au matin, les irakiens s’embrassent sous n’importe quel pretexte. Vu de loin et de façon irresponsable, j’ai envie dire, soit ils se tuent soit ils s’embrassent. Mais dans les deux cas ils s’embrassent, ceux qui vont tuer et ceux qui vont se faire tuer.


Une femme qui vient de perdre son fils, se lamente : ” Qui est-ce qui va m’embrasser maintenant ? ”


Un psychologue explique ce fait : ” Nous avons tout le temps peur pour nous-mêmes et pour nos proches. On cherche à se rassurer et à sentir qu’on est encore en vie en se raccrochant à ses proches. Ce contact physique est une forme d’affirmation de soi qui s’exprime par le corps. “


La bise est devenue si courante que celui ou celle qui salue d’une poignée de mains passe pour quelqu’un de froid.
Le même phénomène s’était produit en Algérie du temps de l’occupation française.


Pourtant, je constate le même phénomène en France me semble-t-il. Est-ce ma génération ? Ou suis-je passé à côté de quelque chose ? Mais tout le monde s’embrasse aussi. Les hommes se font la bise plus volontiers qu’ils ne se donnent une bonne poignée de mains. Dés la première rencontre il faut se faire la bise. Il me semblait que pour arriver à ce stade, il fallait nouer des liens. Embrasser ressort de l’affectif, d’une complicité qui ne peut se construire en une rencontre. Quel valeur restera-t-il à ce geste s’il est utilisé sans fondement.


Je passe sur les : ” moi, c’est trois ” ” moi c’est deux ” et le top ” moi c’est quatre “. On peut remplacer le” moi “ par ” chez nous “. Ce qui sous-entend que l’on vient d’ailleurs et donne ainsi une touche d’exotisme.

 

Mardi 13 Mars

 

Une histoire de clône....


Je suis décidé. Depuis longtemps, j'y pensais mais je n'osais pas, d'une part à cause du coût et d'autre part à cause du "qu'en dira-t-on". Je sais, je suis bien libre de faire ce que je veux, mais dans les petits villages, tout se sait très vite. C'était la semaine dernière, le temps était gris. Je me suis dit que sur Google on trouvait tout ( comme à la Samaritaine, enfin paraît-il, je n'y suis jamais allé ), j'ai donc tapé " clône ". En moins d'une seconde ( beaucoup moins ) une page entière de clônes s'est affichée.


Jamais je n'aurais cru que c'était si courant. Serais-je une fois de plus passé à côté de quelque chose? Je pensais faire preuve d'originalité, c'est raté !


Trois pages. Il y avait trois pages de sociétés qui proposaient toute une gamme de clônes des deux sexes et de tous âges. Il suffisait de remplir un questionnaire assez long, mais il faut bien ça pour expliquer nos désirs. Car ce n'est pas simple d'acheter un clône. Au premier abord on peut penser qu'il suffit d'une photo et d'un bout de peau ( pas morte, bien sûr ), mais non.


Il ne suffit pas de clôner le corps, il faut clôner aussi l'esprit et là c'est une autre histoire. Imaginez votre clône parfait en tous points, il ne manque rien, tout est à sa place sauf que vous vous rendez compte au bout de quelques minutes que ses paroles sont celles de votre pire ennemi. Il ne faudrait pas longtemps pour qu'une bagarre s'ensuive et allez savoir qui sera le vainqueur ?


Les brebis, les vaches, les cochons, etc... que l'on a déjà clôné ne parlent pas. Peut-être a-t-on essayé de voir leur comportement par rapport à l'original, mais sans plus. Tandis que le clônage d'un homme c'est une toute autre affaire.


Mais bon, je me dis que ces revendeurs sont des professionels,et qu'il faut leur faire confiance. Je clique donc sur la première ligne.
La page qui s'ouvre ressemble à celle de la Fnac ou d' Amazon. Sauf qu'à la place des livres, il y a des clichés d'hommes, de femmes, d'enfants. Pour plus de réalisme, ceux-ci sont animés. Malgré tout je ressens un certain malaise en voyant ces silhouettes bouger, comme pour mieux se faire remarquer.


On m'explique la marche à suivre :


" Veuillez remplir le questionnaire, tous les champs signalés sont obligatoires."


" Cliquez sur continuez "


" Veuillez fournir vos coordonnées bancaires "


Enfin la démarche classsique quand on veut acheter quelque chose sur internet. On me demande d'abord de préciser quel clône je désire choisir :


à) Un clône humain ou
b) Un clône logiciel ou
c) Un clône informatique ou
d) Un clône mathémathique.


Je ne savais pas qu'il y avait autant de sortes de clônes, mais j'ai compris que dans mon cas, il fallait que je commande un clône humain. Cela m'a pris tout l'après-midi, car il a fallu réunir tous les renseignements médicaux. Enfin je suis arrivé au dernier clic.


On pouvait choisir avec ou sans livraison, dans le dernier cas il fallait aller le chercher à la gare la plus proche. J'ai opté pour la livraison à domicile. Il y avait trois semaines de délais, je pensais qu'il fallait plus de temps pour me reproduire, mais apparement non. Les machines à clôner devaient être très perfectionnées et non moi qui était trop simple à reproduire.


La veille un mail est arrivé m'avertissant que je serais livré dans la matinée. Ils auraient pu me prévenir plus tôt. La tension monte, la mienne aussi.


Deux hommes sont à bord de la voiture qui se gare devant chez moi. Je me dirige vers eux.


Dés le premier regard, je comprend que je suis perdu. Il y a devant moi comme un miroir. Je me vois comme dans un miroir. Si je bouge la tête, la sienne bouge aussi, s'il avançe, j'avançe, s'il parle, je parle et tout cela inversement.


Je transpire, ma respiration s'accélére. Je me tourne vers le " livreur ":
- Je n'ai pas commandé un "double de moi ", c'est un clône que je voulais.


- Mais monsieur qu'est-ce qu'un clône, sinon votre double ? J'ai les documents de livraison, regardez, il y a le double de votre commande.


Je me saisis du papier, effectivement, il s'agit des bonnes références.


- Vous auriez du mieux vous renseigner avant de commander, on n'achète pas un clône comme ça ! Quand vous achetez une voiture, vous vous renseignez et bien pour un clône c'est pareil, monsieur. Bon, je dois y aller, j'ai d'autres livraisons à faire ! Vous signez là !


Complètement hébété, j'appose ma signature et je reste seul, enfin seul, non je ne suis plus seul, il y a mon miroir, là en face de moi. Je n'ai même pas besoin de lui parler, de lui indiquer le chemin de la maison. J'ai acheté une ombre vivante !


A ce stade, il faut que je précise pourquoi j'ai fait cet achat. J'avais vu à la télé ( quand on voit quelque chose à la télé..... ) un reportage aux Etats-Unis ( j'aurais du me méfier ) sur un couple qui avait acheté un clône pour les remplacer dans diverses tâches ( non, non pas toutes, je vous vois venir ! ) et donc ce couple était tout à fait satisfait. La caméra suivait le clône au bureau, au jardin, au supermarché pendant que son propriétaire se reposait au bord de sa piscine en buvant un coktail coloré.


C'était ce que je voulais. Je voulais quelqu'un à mon image certes, mais en tant que deuxième personne, comme " une roue de secours ". Je voulais quelqu'un qui écrirait cet article pendant que je ferais du vélo par exemple. Ou bien quelqu'un qui pourrait recevoir des " amis " à ma place, ou encore participer à ces repas de famille qui n'en finissent pas et qui me font grossir. Quelqu'un qui, à ma place, irait à la banque parler avec ce blanc-bec de banquier. Enfin en gros un clône qui soit un clône et non un miroir. J'avais du me tromper en remplissant le questionnaire.


Je suis retourné sur le site et effectivement, tête en l'air que je suis, j'ai coché la mauvaise case sur la nature du clône.


La question était la suivante :


- Voulez-vous un clône humain pour :


a ) vous regardez tel que vous êtes.
b) en faire votre animal de compagnie.
c) vous remplacer auprès de votre femme.
d) vous accompagner dans votre vie quotidienne.


Je voulais cocher la case( d ) j'ai coché la case ( a ) et me voilà avec mon image en face de moi à chaque seconde du jour et de la nuit. Partout, aux toilettes, à la salle de bains. Il mange les mêmes choses que moi. Dit les mêmes paroles. A les mêmes pensées. Je ne peux plus m'en défaire. Les voisins commencent à jaser. Ils disent que depuis quelque temps je ne suis plus le même. Forcément, je ne sais plus si je suis moi ou si je suis l'autre.


Quand on est " seul " on s'arrange avec son image, on peut tricher, on peut maquiller sa vérité. On y arrive souvent, enfin du moins on le croit. Et puis on finit par s'oublier avec les années, on s'accepte, on passe un marché avec soi-même. De toutes façonss le regard des autres même si parfois celui-ci pose problèmes, on s'en fiche un peu.


Tandis que là, j'ai en face de moi, en chair et en os, mon propre personnage. Je suis confronté à ma propre conscience, à chacun de mes propres gestes, à chacune de mes propres pensées. Je ne trouve plus de repos, même les yeux fermés. Il y a une expression qui dit : avoir sa conscience pour soi d'accord mais cette expression est ponctuelle, correspond à un moment donné. Mais vivre avec celle-ci en permanence dans un miroir c'est une autre affaire.


J'ai téléphoné à la société de ventes de clônes, mais elle ne peut rien faire pour moi. On ne change pas un clône comme on change un appareil ménager. La dame me dit que je vais m'habituer. Mais c'est facile à dire.


" Il " n'est là que depuis deux jours, et je suis déjà à bout. Mon agacement se transforme en énervement, mais évidemment je ménerve contre moi-même. On supporte l'énervement d'un autre envers soi-même mais il est plus difficile d'être la cible de son propre énervement. Je sais qu'il va en être de même quand je vais me mettre en colère.


Pendant ce temps, " l'autre " est là, innocent. Il fait ce pour quoi il a été conçu. Il ne peut rien faire d'autre. Je ne peux rien" lui "expliquer. Son rôle est de me représenter à mon image, et "il" le fait très bien.
Il va falloir que je vive jusqu'au dernier jour de ma vie en perpétuelle confrontation avec moi-même. Je ne peux pas " le " supprimer sans me supprimer.

Plusieurs mois se sont écoulés. Finalement la dame avait raison. Au fil des jours, j'ai éliminé tout ce qui encombrait ma vie. J'ai appris à définir un ordre d'importance parmi les aléas de la vie. Celle-ci est devenue plus simple mais plus dense. J'ai pu ainsi me regarder sans gêne, faisant peu à peu disparaître " l'autre ".


J'ai fait le tour du monde des religions. J'ai rencontré de nombreux sages en Inde, au Tibet. Je suis devenu l'ami du Dalaï-Lama. Je m'habille comme lui. En sandales, je donne des conférences " Comment s'accepter par la méditation ". Je songe à ouvrir un blog pour communiquer mon message de Paix.


Parfois " l'autre " me regarde et me fait un clin d'oeil.

















 Page modifiée le  vendredi 30 mars 2007